Vidéo

Réaliser un court métrage ( 1ère partie)

À travers deux exemples personnels, je vous propose d’évoquer les grandes étapes de la réalisation d’un court métrage. Le premier a été réalisé en 2000 et le second en 2015.

Aujourd’hui, réaliser un film est quasiment à la portée de tous. Il est d’ailleurs fabuleux de voir ce que l’on peut faire avec un simple smartphone et le nombre de festivals qui leur est dédié s’est multiplié en l’espace de quelques années ( Mobile film festival, Takavoir, Festival Pocket films … ). Mais cela, bien sûr, n’a pas toujours été le cas.

Lorsque j’ai débuté, la vidéo amateur était balbutiante et il n’existait que le Super 8 et le 16 mm pour faire des films. C’était relativement onéreux (dans les années 80, il fallait compter 70 francs (10,50 €) environ pour 3 minutes de pellicule en super 8 ), assez compliqué techniquement ( pas de retour de l’image filmé ) et il fallait attendre une semaine que la pellicule revienne du laboratoire. Le montage se faisait, à l’époque, sur une vieille colleuse et mieux valait prévoir ses coupes en amont, car il n’y avait pas de retour en arrière. ( Personnellement, j’avais à peine les moyens de m’acheter ces fameuses pellicules alors il était hors de question de se payer des copies ! )

Bref, vu d’aujourd’hui, c’était un peu préhistorique, mais très formateur. En 1998, quand je décide de réaliser le premier film dont je vais vous parler, il est encore naturel de penser faire des films en pellicule et c’est d’ailleurs sur ce support que je vais préparer ce projet.

L’idée et le scénario

Depuis un moment déjà, je réfléchis à une façon de filmer la ville qui refléterait mes impressions profondes. Je n’ai pas vraiment d’idée de scénario, c’est plutôt diffus, mais différents plans se bousculent dans ma tête. C’est alors que je pense au tableau d’Edvard Munch « le cri ».

Le Cri, Edvard Munch, 1893

Ce tableau m’impressionne depuis longtemps et je me demande bien souvent ( mais je ne dois pas être le seul ! ) ce qui provoque l’effroi chez ce personnage. C’est ainsi que je décide de combiner mes errances urbaines à ce tableau.

Reste à rédiger un scénario et cela ne va pas être une mince affaire. Le court métrage s’apparente à la nouvelle en littérature et la nouvelle, comme chacun sait, est loin d’être un exercice aisé. Cela demande un esprit de synthèse et de déterminer un cadre très précis duquel on ne sort pas. De plus, je ne voulais absolument pas de dialogues. Il me fallait donc imaginer une histoire muette qui soit efficace et qui puisse évoquer sans explication ce que je ressentais à l’époque.

J’ai donc rédigé un scénario et un découpage technique ( que vous pouvez télécharger ci-dessous) dont je n’étais pas vraiment satisfait, mais qui me permettait d’envisager la recherche de financement.

La recherche de financement

Tout scrupuleux que j’étais à l’époque, j’avais rédigé un budget et un plan de financement très précis. J’y avais incorporé les frais de location d’une rame de métro à la journée ( l’équivalent de 1200 € ) ainsi que les droits de diffusion du tableau de Munch ( 1200 € également ). Je souhaitais tourner le film en Super 16 noir et blanc ( soit un budget total location, achat de pellicules et laboratoire de 2000 € ). Soit un budget total de 5000 € environ. Bien entendu, l’idée était de le réaliser pour beaucoup moins, mais il me fallait tout de même trouver une boite de production pour soutenir le film et assurer le tournage.

J’ai envoyé mon dossier à une cinquantaine de boites de courts métrages. Et ce fut une véritable hécatombe. Comme tout jeune auteur, j’étais convaincu du bien-fondé de mon projet et j’étais intimement persuadé d’avoir le potentiel pour réaliser un petit chef-d’oeuvre (!). Les réponses négatives pleuvaient de toutes parts, enfin pour les sociétés qui ont daigné me répondre. J’étais dépité. J’ai bien fait quelques touches, mais j’avais en face de moi des producteurs qui voulaient changer tel ou tel aspect du projet, voir de tout réécrire, selon leur perception. Personne ne désirait l’accepter en l’état et personnellement je n’étais prêt à aucune concession.

J’étais à deux doigts d’abandonner quand je reçus un courrier de Jacques Vigoureux de l’Atelier 89. Il me proposait de se rencontrer pour discuter de mon projet. Autant dire que je n’ai pas hésité longtemps. J’ai trouvé un homme âgé, mais vif et bienveillant qui avait un regard amoureux et réaliste sur le cinéma. Il me remercia de l’avoir sollicité et me suggéra d’emblée de changer mon fusil d’épaule. La façon de réaliser des films était en pleine mutation avec l’apparition du numérique et il me conseilla d’abandonner l’idée d’un tournage classique en pellicule ( plutôt compliqué pour les scènes de métro ) et de me tourner pour un cinéma-guérilla type documentaire avec une petite caméra DV ( qui venait de sortir sur le marché ). Je suis sorti du rendez-vous loin d’être convaincu, mais un homme, à un instant donné, venait de me proposer une alternative. Je dois beaucoup à cette rencontre.

Le tournage

J’ai laissé passer quelques jours. Pendant ce temps, l’idée de Jacques Vigoureux se faisait un chemin dans ma tête et très tôt j’ai commencé à questionner mon entourage pour savoir qui possédait une caméra mini DV. Caméra que j’ai vite trouvée grâce à Caroline Souris, une amie du lycée cinéma. J’ai donc très vite mis en place un tournage en mode guérilla, accompagné de mes vieux acolytes, Valérian Morzadec, Martial Germain et Jean Philippe Raillot.

Je devais tout revoir. Le projet avait été imaginé d’une certaine façon et il me fallait tout changer. J’ai donc jeté scénario et découpage à la poubelle et nous sommes partis un matin de septembre 2000 pour improviser en numérique toutes les images que j’avais eues en tête. Ce fut une journée aussi éprouvante que fascinante. Nous n’avions aucune autorisation et nous avons filmé Paris et le métro à l’arrache, parfois pourchassés par des contrôleurs de la RATP. Le tournage fut bouclé en une journée. Mais le montage image et son me prit plusieurs mois et le film fut terminé à l’automne 2001. Il fut envoyé à plusieurs dizaines de festivals et rencontra un certain succès ( 2e prix du Clap d’or en 2002, prix du jury eu festival IFHP de Tianjin [ Chine ] en 2002, sélectionné au JVC Tokyo festival en 2003…).

Le film a donc été réalisé en DV noir et blanc, format PAL 720 x 576. Aujourd’hui, le film témoigne des débuts du numérique et il contient bien des imperfections mais il reflète bien mon objectif de l’époque. La fabrication de ce court peut paraître un peu alambiqué de nos jours mais je pense qu’il représente bien l’alternative économique et artistique d’un support plutôt laborieux. Le cinéma est un art et une industrie et comme tel il est difficile d’accès. C’est pour ces raisons, en partie, que j’ai préféré me tourner vers l’écriture, pas forcément plus simple mais nettement plus économique !

Le cri, 2001

Dans la seconde partie de cet article, j’évoquerai la réalisation de  » Je suis un loser » réalisé quinze ans plus tard.

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